TABLE DES MATIÈRES
DÉFINITION DU SUJET
CONTEXTE ET ANALYSE
A. Contexte historique
B. Négociations
multilatérales de contrôle des armements et désarmement
1. Les Nations
Unies
a. Non-prolifération des armes nucléaires
b. Les armes chimiques et biologiques
c. Les armes classiques
2.
Les négociations de l'Alliance
a.
Les forces classiques en Europe (CFE)
b. La Conférence sur la sécurité
et la coopération en Europe (CSCE)
C. Ciels ouverts
D. Négociations
bilatérales de contrôle des armements et de désarmement (superpuissances)
1. Le Traité sur
les missiles antimissiles balistiques
2.
Les pourparlers sur la réduction des armements stratégiques
(START)
3.
L'accord sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (INF)
4.
Les armes nucléaires à courte portée
MESURES PARLEMENTAIRES
CHRONOLOGIE
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
LE CONTRÔLE DES
ARMEMENTS ET LE DÉSARMEMENT*
DÉFINITION DU SUJET
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la question de la
course aux armements était abordée chaque fois qu'on discutait des perspectives
de paix durable ou de l'éventualité d'une guerre. Comme la plupart des
observateurs jugeaient que cette course était intrinsèquement dangereuse
et, tout compte fait, déstabilisatrice, l'Ouest s'est trouvé devant un
paradoxe : d'une part, il croyait que la force décourage l'agression,
mais d'autre part, il était tout aussi convaincu que la course aux armements
pourrait à elle seule causer une guerre. Le débat sur le contrôle des
armements repose en grande partie sur l'idée reçue selon laquelle toute
course aux armements est, par définition, une sorte de réaction en chaîne.
Les ripostes d'États qui s'affrontent à l'accumulation d'armes par l'adversaire
et les tentatives de chacun pour prendre l'avantage conduisent à la déstabilisation
et accroissent la tension. S'il devait y avoir une guerre, on soutient
qu'elle serait accidentelle, qu'elle serait l'aboutissement d'un climat
de suspicion croissante et le résultat d'erreurs de jugement cruciales
commises à la faveur d'une crise; d'où la conclusion que le contrôle de
la course aux armements est essentiel à la stabilité internationale. Les
critiques soutiennent cependant que le contrôle des armements codifie
la course aux armements au lieu de la restreindre.
La structure internationale du contrôle des armements
qui a vu le jour après la guerre pourrait être décrite comme une structure
à trois niveaux : premièrement, pour ce qui est des dintérêts et
de limportance, il y avait les négociations bilatérales entre les
superpuissances (qui portaient habituellement sur les armes nucléaires);
deuxièmement, il y avait les négociations basées sur les alliances, surtout
sur les forces armées conventionnelles en Europe; et troisièmement, il
y avait des négociations multilatérales plus vastes centrées sur les Nations
Unies. La période daprès la guerre froide a été perçue comme un
changement dans le programme de contrôle des armements. Bien quil
faille adapter aux nouvelles réalités les traités conclus pendant la guerre
froide, ce sont les efforts multilatéraux destinés à prévenir une plus
grande prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques et
de destruction massive, ainsi que de leurs systèmes de lancement qui ont
surtout retenu lattention.
Dans le présent bulletin d'actualité, nous décrivons
brièvement les diverses instances où se déroulent les négociations sur
le contrôle des armements, certains des progrès réalisés et, le cas échéant,
le rôle joué par le Canada à cet égard.
CONTEXTE ET ANALYSE
A. Contexte historique
Le contrôle des armements et le désarmement ne sont pas
des préoccupations propres à l'ère moderne. L'homme a toujours redouté
la guerre et la destruction qui l'accompagne. Les prophètes de l'Ancien
Testament rêvaient du jour où l'on forgerait des charrues avec le fer
des épées. En 1139, le pape Innocent II convoqua une conférence internationale
pour trouver un moyen de contrôler l'utilisation de l'arbalète, arme jugée
terrifiante à l'époque. Nous sommes maintenant capables de tuer des millions
de personnes et d'anéantir la civilisation telle que nous la connaissons
en une demi-heure seulement, soit le temps qu'il faut à un missile balistique
intercontinental pour couvrir la distance entre les États-Unis et la Russie.
Et c'est précisément par cette rapidité d'action et la puissance de nos
moyens que l'ère nucléaire se distingue de celles qui l'ont précédée.
Il convient de souligner que l'expression « contrôle
des armements » et le terme « désarmement », souvent employés
comme synonymes, n'ont pas le même sens. Par « désarmement »,
on entend l'élimination des armes, objectif beaucoup plus ambitieux que
le simple « contrôle des armements », qui consiste à réduire
le risque d'une guerre, à la rendre moins destructrice si elle est déclenchée
et à réduire le coût de la défense par l'entremise d'ententes entre les
États pour réglementer la mise au point, la production et le déploiement
de systèmes d'armements et de forces militaires.
À l'exception notable des guerres napoléoniennes et de
la Guerre de Sécession, les guerres ont généralement été moins dévastatrices
avant le XXe siècle qu'au cours de celui-ci, tant à cause de
leur échelle réduite que de la pauvreté des moyens employés. À l'époque,
les hommes d'État limitaient les affrontements pour préserver l'ordre
mondial. Les morts se comptaient par milliers plutôt que par millions
et, lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, la plupart s'attendaient
à un conflit de courte durée qui ne s'étendrait pas.
La période qui a précédé notre siècle a été marquée par
ce qu'il conviendrait d'appeler la vision « clausewitzienne »
de la guerre. Clausewitz, auteur du traité Vom Kriege (De la guerre),
publié en 1832, voyait dans la guerre un moyen logique de poursuivre la
politique nationale, une entreprise qui devait constamment viser un objectif
bien défini, dont on devait évaluer le coût et les avantages et dont le
but ultime devait être de favoriser les intérêts de l'État-nation. Clausewitz
insistait aussi sur la nécessité de la suprématie des autorités civiles
et professait qu'il ne fallait jamais faire la guerre pour la guerre.
Le XXe siècle a été témoin de quatre révolutions
dans l'art de la guerre. La première a suivi l'apparition des perfectionnements
techniques de la Première Guerre mondiale, notamment la mitrailleuse,
le char d'assaut, le sous-marin et les gaz toxiques. Pendant la seule
année 1915, l'armée française a perdu 1,4 million d'hommes et, en 1916,
à la bataille de Verdun, l'Allemagne en a perdu 336 000 en dix mois.
La deuxième révolution, qui a causé des morts innombrables parmi les populations
civiles, est survenue au cours de la Seconde Guerre mondiale avec les
innovations d'importance que représentaient les grandes forces aériennes,
les porte-avions, le bombardement stratégique d'objectifs civils et le
lancement des premières fusées par l'Allemagne. L'explosion des bombes
atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki a constitué la troisième révolution;
ces armes se démarquaient nettement de toutes celles qui les avaient précédées,
tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif.
La dernière révolution a suivi la mise au point du missile
balistique intercontinental (ICBM). Les États-Unis, jusqu'alors à l'abri
de toute attaque grâce à leur situation géographique, sont d'un seul coup
devenus plus vulnérables qu'ils ne l'avaient jamais été. À cause des progrès
technologiques réalisés pendant la Seconde Guerre mondiale et par la suite,
tout le monde s'est trouvé également exposé aux ravages de la guerre,
la mort s'étant elle aussi démocratisée.
Après la Première Guerre mondiale, l'opinion publique
réclama la création d'institutions et la conclusion d'accords internationaux
pour qu'il n'y ait plus jamais de guerre mondiale. La Société des Nations
fut toutefois paralysée dès le départ parce que les Américains refusaient
de s'y joindre. En 1922, le traité de Washington, qui imposait la limitation
des armements navals, fut probablement la tentative la plus sérieuse jamais
faite pour contrôler les armements avant les accords sur la limitation
des armes stratégiques de 1972. Ce traité freina pendant plus de dix ans
la multiplication des gros bâtiments de guerre par les grandes puissances.
Malheureusement, divers facteurs menèrent à son abandon, notamment le
fait que plusieurs classes de navires n'y étaient pas visées, dont les
sous-marins et les porte-avions.
Entre les deux guerres mondiales, on conclut le protocole
de Genève sur l'interdiction des gaz toxiques et des armes bactériologiques
(1925), que le Canada a signé le 6 mai 1930. Le Protocole avait été proposé
par les États-Unis, mais le Sénat américain ne l'a ratifié que le 10 avril
1975. Cette initiative fut suivie, en 1928, par la conclusion du pacte
Briand-Kellogg, dont les signataires se sont engagés à renoncer à l'agression
militaire et recourir à des moyens pacifiques pour résoudre les conflits,
mais qui ne prévoyait pas de sanctions. En 1932, la Société des Nations
organisa une conférence internationale sur le désarmement, mais les grandes
puissances étaient déjà incapables de s'entendre sur les armes dont il
fallait limiter la prolifération. Peu après son arrivée au pouvoir (1933),
Adolf Hitler ordonna que l'Allemagne se retire de la conférence sur le
désarmement et de la Société des Nations et, deux ans plus tard, il annonça
que son pays ne respecterait plus les clauses du traité de Versailles
qui lui interdisaient le réarmement. À la fin des années 30, l'Allemagne,
l'Italie, le Japon, les États-Unis et la Grande-Bretagne finançaient déjà
tous d'importants programmes de construction d'armements.
Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis soumirent
à la Commission de l'énergie atomique des Nations Unies un plan assez
audacieux de contrôle des armes nucléaires. Le plan Baruch (1946) prévoyait
qu'on cesse de fabriquer des bombes atomiques, que les États-Unis se débarrassent
de celles qu'ils avaient déjà et qu'on crée un organisme international
auquel serait transmise toute l'information relative à la production d'énergie
nucléaire. Le plan ne devait être appliqué que lorsqu'on se serait mis
d'accord sur un moyen d'en assurer le respect et sur les mesures à prendre
à l'égard des contrevenants.
Or, l'Union soviétique, qui ne voulait pas qu'on l'empêche
de constituer son propre arsenal nucléaire, rejeta la proposition américaine.
Après l'échec du plan Baruch, il n'était plus question de rechercher une
solution internationaliste au problème de la course aux armements, et
seul un accord entre les deux grands rivaux qu'étaient les États-Unis
et l'Union soviétique pouvait désormais avoir quelque valeur. S'il est
une leçon à tirer de l'histoire du contrôle des armements, c'est qu'il
reflète l'état global des relations politiques plus qu'il ne favorise
la paix entre les nations.
Le Canada était « présent au moment de la création »
du contrôle contemporain des armements, alors que la Grande-Bretagne et
les États-Unis se sont entendus, dans l'accord Rush-Bagot de 1817, pour
limiter les forces navales sur les Grands Lacs. Dans l'après-guerre, les
préoccupations du Canada en matière de contrôle des armements ont peut-être
eu plus de poids que celles de la plupart des puissances moyennes à cause
du rôle important que le pays a joué, avec les États-Unis et la Grande-Bretagne,
comme pionnier du développement de l'énergie nucléaire. Aujourd'hui, le
Canada siège à tous les organismes multilatéraux de contrôle des armements
et de désarmement.
B. Négociations
multilatérales de contrôle des armements et désarmement
1. Les Nations Unies
Dans l'après-guerre, la plupart (mais non la totalité)
des accords multilatéraux sur le contrôle des armements ont été parrainés
par les Nations Unies, qui ont mis au point un éventail de mécanismes
spécialisés de contrôle des armements et du désarmement. La fin de la
guerre froide aidant, les Nations Unies ont procédé à une réévaluation
de ces mécanismes. Les États membres ont été invités à commenter le rapport
du Secrétaire général, intitulé Nouvelles dimensions de la réglementation
des armements et du désarmement durant la période de l'après-guerre froide.
Le gouvernement du Canada a dit être fermement en accord avec le Secrétaire
général et a déclaré « qu'il est temps que les États membres réévaluent
soigneusement ces mécanismes pour s'assurer qu'ils suffisent à faire face
aux nouvelles réalités ». Il a fait valoir la nécessité de débarrasser
l'appellation « contrôle des armements et du désarmement » de
sa connotation quantitative qui vient de l'époque de la guerre froide.
La première résolution à avoir jamais été adoptée par
lAssemblée générale des Nations Unies réclamait lélimination
des armes atomiques et dautres armes de destruction massive ainsi
que lutilisation de lénergie atomique à des fins pacifiques.
Au cours des cinquante dernières années, lAssemblée générale a adopté
des centaines de résolutions à ce sujet, mais certaines renfermaient des
recommandations et des idées incompatibles. LAssemblée générale
a organisé trois sessions extraordinaires consacrées au désarmement. Comparativement
à la première session organisée en 1978, qui a abouti à la présentation
dun document final de 129 paragraphes déclarant que lobjectif
ultime de la communauté internationale devait être « le désarmement
général et complet grâce à un contrôle international efficace »,
les autres sessions extraordinaires, qui ont eu lieu en 1982 et en 1988,
nont guère été productives. Sous linfluence des pays non-alignés,
beaucoup dautres se rallient maintenant au projet de tenir une quatrième
séance extraordinaire pour étudier une stratégie de désarmement et de
sécurité pour le 21e siècle.
La Première Commission de l'Assemblée générale, qui comprend
tous les membres de cette dernière, est chargée d'examiner les questions
relatives au contrôle des armements, au désarmement et à la sécurité internationale.
Il s'agit d'une assemblée délibérante qui rédige des recommandations et
des projets de résolutions à l'intention de l'Assemblée générale, les
résolutions étant mises aux voix et adoptées à la majorité. En raison
de sa composition, il lui est difficile d'en arriver à un consensus sur
les questions controversées et il faut habituellement que d'autres organismes
poursuivent plus à fond son travail.
La Commission du désarmement des Nations Unies (CDNU)
a été établie par la Session extraordinaire des Nations Unies sur le désarmement
en 1978. Elle traite dun plus petit nombre de points, mais de manière
plus approfondie, que la Première Commission. En 1998, par exemple,
elle devait se pencher sur la question des zones dénucléarisées, de la
quatrième session spéciale de lAssemblée générale consacrée au désarmement
et des lignes directrices sur le contrôle et la limitation des armes nucléaires
et sur le désarmement. À linstar de la Première Commission,
la CDNU tente, au moyen détudes et déchanges dinformation,
de trouver des points de vue communs et des lignes directrices pour guider
son action.
La Conférence sur le désarmement de Genève est le plus
pratique des principaux organismes mandatés par les Nations Unies, et
elle traite de la négociation des traités. Même si elle est financée par
les Nations Unies et quelle présente des rapports à lAssemblée
générale, la Conférence sur le désarmement établit son propre programme
et nest pas tenue de suivre des recommandations de lAssemblée
générale. Une grande partie du travail de la Conférence se fait par lentremise
de groupes de travail spéciaux créés pour examiner des questions précises.
a. Non-prolifération des
armes nucléaires
Au coeur du contrôle des armes nucléaires se trouve sans
contredit le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)
rédigé en 1968 par le Comité des dix-huit puissances sur le désarmement,
prédécesseur de la Conférence sur le désarmement. Ce traité et le régime
qu'il a créé ont pour but de prévenir la prolifération des armes nucléaires.
Au fil des ans, un certain nombre de pays en développement ont commencé
à considérer le TNP comme un moyen discriminatoire de refuser un potentiel
nucléaire aux pays en développement tout en protégeant celui des pays
industrialisés. La tenue de quatre conférences préparatoires a précédé
la Conférence d'examen du TNP d'avril 1995, au cours de laquelle il fallait
décider du prolongement du TNP (pour une période déterminée ou indéfiniment).
Malgré les conflits de longue date, et l'absence d'un vote sur la question,
la conférence a convenu, en mai 1995, de prolonger le TNP sans restrictions
et indéfiniment. Elle a également demandé l'achèvement d'un traité global
d'interdiction des essais nucléaires, au plus tard en 1996, prévu un plus
grand nombre de conférences régulières de révision du TNP et adopté une
Déclaration de principes visant à réaffirmer l'engagement des États signataires
envers les objectifs du désarmement et de la non-prolifération contenus
dans le Traité.
Le fait que la France, l'Afrique du Sud et la Chine aient
décidé de signer le traité au cours des dernières années a renforcé quelque
peu le régime du TNP, mais la menace faite, en mars 1993, par la Corée
du Nord de s'en retirer, a jeté une ombre au tableau. La Corée du Nord
a suspendu l'annonce de son retrait en juin 1993, mais elle a continué
de refuser à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIÉA) la permission
d'inspecter deux installations que l'on croit être des installations nucléaires
non déclarées. Par suite d'une série de discussions entre les États-Unis
et la Corée du Nord et à une visite dans ce dernier pays de l'ancien président
des États-Unis, Jimmy Carter, un accord a été conclu le 13 août 1994.
En vertu de cet accord, la Corée du Nord a accepté d'interrompre son programme
nucléaire et de se conformer aux dispositions du TNP en échange d'autres
discussions avec les États-Unis sur sa reconnaissance diplomatique, de
la promesse de la part des États-Unis de ne jamais utiliser d'armes nucléaires
contre elle et d'un plan destiné à lui fournir un réacteur nucléaire moins
approprié à la fabrication d'armes nucléaires. Les discussions devaient
reprendre à Genève en septembre. Un « cadre agréé » a été
signé le 21 octobre 1994, mais la question nest pas encore
réglée.
En mai 1998, lInde a fait lessai de cinq
armes nucléaires; le Pakistan a suivi avec ses propres essais plusieurs
semaines après. Puisque lInde et le Pakistan étaient deux des quatre
seuls États (les autres sont Israël et Cuba) à ne pas avoir signer le
TNP, théoriquement, leurs actions ne contrevenaient pas au Traité. Cependant,
nombreux sont ceux qui croient que la réaction à ces essais sur la scène
internationale a été trop timide. Le seul fait que ces États ait décidé
de procéder à ces essais lance un signal dangereux au moment où la communauté
internationale se prépare pour la prochaine Conférence dexamen et
de prorogation du TNP en lan 2000.
En janvier 1994, la Conférence sur le désarmement
a confié à son comité spécial chargé de l'interdiction des essais nucléaires
le mandat général de négocier un traité global d'interdiction de tels
essais. Ce traité étendrait aux essais souterrains l'interdiction d'essais
dans l'atmosphère, établie par le Traité sur linterdiction partielle
des essais nucléaires (PTBT) de 1963. Bien que, depuis la fin de 1992,
la plupart des États dotés darmes nucléaires aient observé un moratoire
non officiel sur les essais nucléaires, la Chine a continué de faire des
essais, et la France a suspendu son moratoire pour procéder à une série
dessais dans le Pacifique Sud en 1995-1996. La Conférence de 1995
examinant la possibilité de prolonger le Traité sur la non-prolifération
des armes nucléaires avait demandé la conclusion dun Traité dinterdiction
complète des armes nucléaires (CTBT) au plus tard en 1996 et, lorsque
la Chine et la France ont annoncé quelles signeraient un tel traité,
on a cru pouvoir en arriver assez facilement à une entente à ce sujet.
Malgré des négociations ardues et lacceptation dun projet
de traité par les cinq États dotés darmes nucléaires, lInde
a rejeté le projet de traité, une fois celui-ci achevé, parce quil
ne renfermait pas déchéancier fixe concernant le désarmement complet
de ces États.
Dans un geste sans précédent, lAustralie et dautres
pays ont présenté le traité aux Nations Unies, pour quil y soit
signé, sans avoir lassentiment de lInde; plus de 80 pays lont
signé dès les premiers jours. En décembre 1998, plus de 150 États avaient
signé le Traité et 27 ¾ dont le Canada ¾ lavaient
ratifié. Le Traité ne peut entrer en vigueur tant que 44 pays nommés (dont
lInde et le Pakistan) ne lont pas signé. Les pressions diplomatiques
se sont maintenues sur ces États, et vers la fin de 1998, la communauté
internationale envisageait également de tenir une conférence, comme le
prévoit larticle XIV(2) du Traité, « pour faciliter lentrée
en vigueur hâtive du Traité ».
En 1993, lAssemblée générale a adopté par consensus
une résolution visant à négocier une réduction de la production des matières
fissiles utilisées dans les armes nucléaires. En mai 1995, lors de la
Conférence préparatoire à lexamen du Traité sur la non-prolifération
des armes nucléaires, les cinq États dotés darmes nucléaires se
sont engagés à « conclure rapidement » ces négociations. En
août 1998, la Conférence sur le désarmement a enfin convenu dentamer
des pourparlers afin dinterdire la production de matières fissiles
servant à fabriquer des armes nucléaires.
Au cours des dernières années, une importance plus grande
a également été accordée à la question de lélimination des armes
nucléaires. En 1996, à la suite des engagements pris en 1995 pendant le
prolongement du TPN, la Cour internationale de justice a rendu un avis
consultatif sur la légalité de lutilisation ou de la menace dutiliser
des armes nucléaires; la Commission de Canberra sur lélimination
des armes nucléaires, formée par lAustralie, a pour sa part publié
un rapport, et plusieurs militaires de haut rang à la retraite se sont
prononcés publiquement en faveur de lélimination des armes nucléaires.
À lautomne de 1996, le ministre des Affaires étrangères a chargé
le Comité permanent des Affaires étrangères et du commerce international
dexaminer la politique canadienne dans ce domaine à la lumière notamment
de ces évolutions récentes. Les travaux du Comité ont été retardés
par la tenue délections générales en 1997, mais entre février et
juin 1998, il a tenu plus dune douzaine daudiences publiques
et reçu plus de 200 mémoires sur cette question. Son rapport, intitulé
Le Canada et le défi nucléaire : réduire limportance politique
de larme nucléaire au XXIe siècle, a été déposé en
décembre 1998.
b. Les
armes chimiques et biologiques
Il n'a pas été facile d'arriver à la Convention sur les
armes chimiques parce que les membres de la Conférence ne s'entendaient
pas sur les modalités de vérification. Les accords bilatéraux américano-soviétiques
de 1990 sur le partage de l'information et la destruction des stocks d'armes
ont contribué à faire progresser les pourparlers multilatéraux, à tel
point qu'en juin 1992, la Conférence sur le désarmement a produit un projet
de traité afin d'interdire la mise au point, la production et le stockage
d'armes chimiques. La vérification a été confiée à un organisme international
d'interdiction des armes chimiques dont le siège social est en Hollande.
Le traité tant attendu sur les armes chimiques a été signé en janvier
1993 et il devait entrer en vigueur en 1995, soit 180 jours après que
65 pays l'auraient signé. En août 1996, plus de 180 pays avaient signé
la Convention, mais seulement 61 dentre eux (dont le Canada)
lavaient ratifiée. En dépit dune certaine opposition, les
États-Unis ont ratifié officiellement la Convention quatre jours avant
son entrée en vigueur en avril 1997. La Russie a fait de même plus
tard la même année.
La Convention sur les armes biologiques et à toxines
négociée au début des années 70 est entrée en vigueur en 1975. Le fait
quaucune mesure de vérification ny soit prévue en font toutefois
un instrument inefficace. Les armes biologiques suscitent une inquiétude
plus grande ces dernières années, depuis quil a été révélé que lUnion
soviétique et lIraq étaient à en mettre au point; les négociations
visant à renforcer la Convention progressent toutefois lentement.
c. Les armes
classiques
En dehors des négociations de l'Alliance, le problème
du contrôle des ventes ou du transfert des armes classiques a été abordé
à plusieurs reprises au cours des dernières décennies. Dans les années
70, les États-Unis et l'Union soviétique ont tenu quatre rondes de négociations
sur le transfert des armes classiques afin de s'entendre sur des façons
de limiter le commerce en expansion des armes classiques. Malgré les progrès
du début, ces pourparlers se sont enlisés en 1978. Tout au long des années
80, la demande créée par des conflits telle la guerre entre l'Iran et
l'Iraq a fait prospérer le commerce international des armes. La valeur
du commerce des armes a commencé à diminuer à la fin des années 80 en
raison de l'accroissement de la dette des pays du tiers monde et de la
fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak. La fin de la guerre froide
a accéléré cette tendance, la valeur totale des livraisons internationales
d'armes tombant d'environ 82 milliards de dollars (U.S.) en 1987 à 27 milliards
en 1994. En 1995, elle est toutefois remontée à 32 milliards, ce qui a
laissé supposer quelle pouvait avoir atteint son plus bas niveau.
Les tentatives déployées au cours des dernières années
pour limiter le commerce des armes classiques se sont concentrées sur
l'idée d'un registre du transfert des armes classiques qui répertorierait
les échanges de ces armes entre les États. En 1988, une initiative colombienne
co-parrainée par le Canada a été acceptée par l'Assemblée générale. Aux
termes de cette dernière, les États devaient : 1) soumettre leurs points
de vue et leurs propositions en matière de transferts internationaux d'armes
à la session de 1989 de l'Assemblée générale; et 2) confier à des spécialistes
une étude subséquente sur les moyens de contrôler le commerce des armes
classiques. Cette étude, à laquelle le Canada a participé, a été achevée
en août 1991, et en décembre, les Nations Unies ont créé un registre international
du transfert des armes classiques. Quelque 90 États, soit seulement la
moitié, environ, des membres des Nations Unies, ont soumis régulièrement
des données à enregistrer (93 en 1997). En 1991, le Canada a proposé la
tenue d'un Sommet mondial sur les engins de guerre et les armes de destruction
massive qui visait surtout à restreindre le commerce des armes classiques.
Cette proposition, qui a été fortement appuyée au Canada, n'a reçu qu'un
accueil très mitigé aux États-Unis et dans les autres puissances.
En juillet 1996, 33 pays, dont le Canada, ont approuvé
officiellement lentente de Wassenaar sur le contrôle des exportations
darmes classiques et de marchandises à double usage. Dune
part lentente de Wassenaar était une simple mise à jour de lentente
du COCOM (Comité de coordination du contrôle des échanges stratégiques)
par lentremise de laquelle lOuest avait empêché lexportation
de marchandises stratégiques et de technologies militaires vers les pays
du bloc de lEst. Dautre part, lentente contribue également
à traiter de la question des transferts darmes classiques qui ont
amené les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité (P-5) à
participer à trois séries de pourparlers après la guerre du Golfe. En
vertu de la nouvelle entente, les États qui y sont parties se réuniront
régulièrement et échangeront de linformation pour favoriser la compréhension
commune des risques liés à la vente darmes et de technologies à
double usage aux régions, et échangeront également de linformation
sur les livraisons darmes effectuées tous les six mois.
Au cours des dernières années, une autre question relative
aux armes classiques a pris beaucoup d'importance, celle des mines terrestres
antipersonnel. Selon des estimations du département dÉtat des États-Unis,
il y a actuellement 110 millions de ces mines en place dans 64 pays, et
on signale qu'elles sont responsables de quelque 500 décès et blessures
chaque semaine. Daprès les Nations Unies, de deux millions à deux
millions et demi de nouvelles mines ont été mises en place en 1995, et
seulement 100 000 dentre elles ont été désamorcées. Le protocole
II de la Convention de 1980 sur certaines armes classiques régit l'utilisation
de mines terrestres antipersonnel, mais il ne s'applique qu'aux conflits
internationaux et non aux conflits internes, qui sont beaucoup plus fréquents.
En décembre 1994, lAssemblée générale des Nations Unies a adopté
à lunanimité une résolution sur la question et, en mai 1996, à la
première réunion préparatoire de la Convention sur certaines armes classiques,
des négociateurs ont approuvé un protocole révisé sur les mines terrestres
(Protocole II) qui impose de nouvelles limites à lutilisation, à
la production et au transfert de mines antipersonnel.
En janvier 1996, le Canada a annoncé un moratoire unilatéral
complet sur la production, lexportation et lutilisation de
mines terrestres. Frustrés du peu de progrès accomplis dans ce dossier,
le Canada et quelques autres pays ont entrepris détudier dautres
moyens den arriver à interdiction globale des mines terrestres antipersonnel.
En octobre 1996, le Canada a lancé le « Processus dOttawa »
en vue de rédiger un traité obligeant les parties à détruire, avant décembre
1997, les stocks de mines et à interdire lutilisation, la production
et le transfert de celles-ci. Le Processus dOttawa a continué depuis
le début de 1997 à recueillir des adhésions : plus de 75 p. 100
de lAssemblée générale des Nations Unies a participé à la conférence
de Bruxelles tenue en juin 1997 et en août, 106 pays avaient approuvé
linitiative. Pendant longtemps opposés au Processus dOttawa,
les États-Unis favorisaient plutôt la négociation dune interdiction
dans le cadre de la Conférence sur le désarmement. En août 1997,
le président Clinton a annoncé que son pays était prêt à appuyer linitiative
canadienne, en espérant toutefois pouvoir négocier des exemptions qui,
de lavis des critiques, affaibliraient le traité définitif.
En décembre 1997, 122 États ont signé la Convention
sur linterdiction de lemploi, du stockage, de la production
et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, appelée
aussi Convention dOttawa. Après la quarantième ratification, par
le Burkina Faso en septembre 1998, la Convention entrera en vigueur le
1er mars 1999 et deviendra une loi internationale ayant force
exécutoire sur les États layant ratifiée (64 lavait fait en
octobre 1998).
2. Les
négociations de lAlliance
Dans l'après-guerre, le contrôle des armes classiques
a consisté surtout en tentatives pour disperser les accumulations de l'Alliance
en Europe. Le Canada a participé aux négociations sur la réduction mutuelle
et équilibrée des forces (MBFR) de leur début, en 1973, à leur conclusion
en 1989. Ces négociations, qui ont mis en rapport des pays membres de
l'OTAN et du Pacte de Varsovie, n'ont pas permis de réaliser de progrès
marquants. L'OTAN y a surtout insisté sur la recherche de l'équilibre
entre les puissances militaires et des méthodes efficaces de vérification
ainsi que sur la nécessité d'une action collective en matière de réduction
et de limitation des armements.
a.
Les forces classiques en Europe (CFE)
Les négociations sur les forces classiques en Europe
(CFE), qui ont débuté à Vienne en mars 1989, font suite aux négociations
MBFR; contrairement à celles-ci, et bien qu'elles aient réunit les mêmes
participants et aient porté sur les mêmes questions, elles ont donné rapidement
des résultats. Les réductions unilatérales des forces soviétiques annoncées
aux Nations Unies en décembre 1988 ont constitué un défi pour l'OTAN,
qui prévoyait initialement de ne réduire que le nombre de chars, de pièces
d'artillerie lourde et de véhicules de transport de troupes. Ces mesures
de réduction unilatérales ont eu pour effet d'écarter la menace d'attaque
surprise par les pays de l'Est qui a si longtemps préoccupé les planificateurs
de l'OTAN.
D'après les offres faites par le président Bush lors
du sommet de l'OTAN de mai 1989, les négociations porteraient aussi sur
les troupes et les avions; M. Bush avait dit prévoir la signature d'un
accord dans les six à douze mois suivants. D'après certains critiques,
en insistant sur des négociations entre blocs de pays à une époque où
les pays de l'Europe de l'Est membres du Pacte de Varsovie réclamaient
unilatéralement le retrait des troupes soviétiques de leur territoire,
l'OTAN s'est imposé des limites inutiles. En fait, tout mécanisme permettant
de réglementer la réduction des forces en Europe valait mieux que le désordre
unilatéral, et c'est pourquoi on a poursuivi les pourparlers sur les forces
classiques en Europe. Comme la situation politique en Union soviétique
et en Europe de l'Est continuait d'évoluer, l'URSS a hésité à conclure
un accord sur les CFE, étant donné que les pays membres du Pacte de Varsovie
constituaient à peine un bloc crédible.
Le traité sur les forces classiques en Europe (CFE) a
finalement été signé à Paris le 19 novembre 1990, après moins de deux
ans de négociations. Le traité prévoyait la réduction à des niveaux équivalents
des forces de l'OTAN et du Pacte de Varsovie, de l'Atlantique à l'Oural
et ce, pour cinq catégories d'armements : les véhicules blindés de combat,
l'artillerie, les avions de combat, ainsi que les hélicoptères et les
chars de combat. Comme les pays membres du Pacte de Varsovie disposaient
d'une supériorité numérique dans la plupart de ces catégories, ils ont
dû effectuer les réductions les plus importantes : le traité prévoyait
en outre un système de vérification avancé qui incluait une vérification
sur place par intrusion et des échanges de données.
Bien que le traité sur les forces classiques en Europe
(CFE) revête une très grande importance, il n'est pas parfait. On a retiré
des négociations la question des niveaux des troupes que l'on devait aborder
dans le cadre des négociations (1A) complémentaires sur les forces classiques
en Europe (CFE). (Un accord sur les CFE (1A) a été signé en juillet 1992.)
En dépit des réductions prévues par le traité, le déploiement des forces
en Europe demeurerait très important, plus important qu'au début de la
Seconde Guerre mondiale, par exemple. La controverse la plus sérieuse
à propos du traité, toutefois, tient aux tentatives perçues que ferait
l'Union soviétique pour se soustraire aux dispositions de ce dernier.
Quantité de systèmes d'armements ont été déménagés derrière l'Oural au
cours des mois qui ont précédé la signature du traité et, bien que cela
ait été permis, d'aucun semblent croire que l'Union soviétique ne respecte
pas l'esprit de l'accord. Ce qui est plus grave, c'est que certaines forces
du secteur visé par le traité ayant été désignées comme forces navales,
elles ne sont pas assujetties aux dispositions de ce dernier. Ces problèmes
ont finalement été réglés à l'amiable. Les États créés à la suite du démembrement
de l'Union soviétique ont hésité à assujettir leurs futures forces militaires
à un traité limitant leur marge de manoeuvre, signé par l'ancien régime.
En janvier 1992, tous ont accepté de ratifier « en principe »
le traité CFE et, en mars, les anciennes républiques soviétiques et les
alliés de l'OTAN se sont engagés à ratifier le traité CFE et à le mettre
en vigueur en juillet. Le 5 juin 1992, les parties au traité ont officiellement
reconnu l'existence de certains nouveaux États issus du démembrement de
l'URSS et ont souligné les ententes conclues entre elles quant à la répartition
des droits conférés à l'Union soviétique dans le traité CFE. Le traité
CFE est officiellement entré en vigueur en novembre 1992; comme prévu,
en novembre 1995, à lexpiration du délai de 40 mois fixé pour les
réductions, les signataires avaient éliminé environ 50 000 armes et en
avaient retiré de la circulation 15 000 autres. Le traité CFE a également
servi de modèle pour le règlement de la question du contrôle régional
des armements dans lancienne Yougoslavie.
En septembre 1993, la Russie a demandé que les signataires
étudient des moyens qui lui permettrait de déployer plus d'armes au sol,
sur son flanc méridional, prétextant l'instabilité qui continue de caractériser
la Transcaucasie. À la fin de 1994 et au début de 1995, la question a
pris tout son sens lorsque la Russie a signalé qu'elle ne pouvait respecter
les limites que lui impose le traité CFE sur son flanc, tant que la guerre
ne sera pas terminée en Tchétchénie. Les alliés occidentaux ont rejeté
pendant un peu plus d'un an cet argument de la Russie en faveur du changement
souhaité; toutefois, en mars 1995, ils se sont entendus pour examiner
la question à la première Conférence d'examen du traité CFE, en mai 1996.
Lors de cette conférence, un accord a été conclu en vue de modifier les
limites imposées sur le flanc de la Russie et de lUkraine et dentamer
des négociations pour améliorer et adapter le traité. En juillet 1997,
les parties en sont arrivées à un accord sur certains « éléments
fondamentaux » afin détablir un cadre pour les pourparlers
touchant ladaptation du Traité.
b. La
Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE)
C'est au début des années 70 qu'a été tenue la première
Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), au début
de la période de détente. Même s'ils ont étudié dans le cadre de leurs
négociations les questions traditionnelles de sécurité, les États qui
y ont participé se sont aussi entendus pour discuter de la coopération
en matière humanitaire et de droits de la personne, ce qu'on appelle les
« trois corbeilles ». En rétrospective, ce sont ces discussions
élargies qui ont contribué à paver la voie au renouvellement des rapports
Est-Ouest au cours des dernières années. Étant l'organisation la plus
perfectionnée des structures de sécurité multilatérales européennes, la
CSCE était considérée par plusieurs comme la tribune qui se prêterait
le mieux aux futures discussions sur la sécurité.
Après l'acte final d'Helsinki, les travaux de la CSCE
se sont poursuivis dans le cadre des conférences de suivi de Belgrade,
de Madrid et de Vienne. À la conférence de Madrid en 1984, il a été décidé
de convoquer la Conférence sur les mesures de confiance et de sécurité
et le désarmement en Europe, plus communément connue sous le nom de CDE.
Les mesures de confiance sont un moyen d'accroître la confiance entre
les nations par le partage de l'information militaire et autre. Sur le
fondement des mesures limitées de restauration de confiance (CBM) à l'égard
desquelles elles s'étaient entendues à la CSCE, les parties sont convenues
de cinq principales mesures que l'on connaît sous le nom de Document de
Stockholm. Ces mesures obligatoires incluaient une notification préalable
des exercices militaires d'envergure, des dispositions relatives à l'observation,
à la contrainte, à la conformité et à la vérification ainsi qu'une disposition
sur un calendrier annuel des exercices.
Une idée tout à fait nouvelle en matière de mesures de
confiance a été l'établissement de calendriers annuels qui annoncent les
activités militaires à notifier au cours de l'année suivante et qui doivent
être échangés au plus tard le 15 novembre de chaque année. Ces activités
font ensuite l'objet d'un deuxième avis plus détaillé, envoyé 42 jours
à l'avance, pour confirmer le calendrier et le caractère courant des opérations.
Quant aux mesures de conformité et de vérification, l'accord
de Stockholm prévoyait des inspections sur place obligatoires, par mise
en demeure. Un État pouvait dès lors mener une inspection avec des moyens
terrestres ou aériens ou des deux façons s'il estimait que les dispositions
des MDCS convenues ne sont pas respectées. On estimait que l'acceptation
de l'inspection sur place était un déblocage important qui pourrait favoriser
l'ouverture dans les affaires militaires. En juin 1989, le Canada a procédé
à sa première inspection aux termes des dispositions de l'accord de Stockholm.
Quatre inspecteurs des Forces canadiennes ont soumis à une inspection
de 48 heures un exercice militaire tchèque et en ont fait rapport à tous
les signataires de l'accord de Stockholm.
À la conférence de relance de Vienne en 1989, il a été
décidé de mettre sur pied une nouvelle structure pour discuter des MDCS,
les négociations sur les mesures de confiance et de sécurité. Deux séminaires
portant sur les principes militaires des différents États tenus en 1990
et en 1991 ont facilité les négociations. C'est ainsi qu'est né, en 1909
le Document de Vienne. En mars 1992, la CSCE a adopté le Document de Vienne
de 1992 qui englobe le Document de Stockholm de 1986 et le Document de
Vienne de 1990 et introduit une nouvelle dimension « qualitative »
dans le contrôle des armements.
En vue de décider des étapes suivantes à franchir pour
réaliser le contrôle des armements en Europe, la CSCE a décidé de convoquer
un Forum pour la coopération en matière de sécurité (FCS) où seraient
discutés et négociés de nouvelles mesures, entre autres, de contrôle des
armements et de confiance. Le FCS a entrepris ses activités à Vienne,
en septembre 1992. Afin de souligner son caractère plus permanent depuis
la fin de la guerre froide, la CSCE a changé son nom en décembre 1994
et s'appelle désormais l'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE).
Ces dernières années, lOSCE a été particulièrement
active en participant à des missions dobservation des élections
et de vérification générale en Bosnie, au Kosovo et ailleurs. Le contrôle
des armements demeure toutefois important, et à la suite dune décision
prise au Sommet de Lisbonne, en 1996, les pays membres de lOSCE
se sont engagés dans un exercice visant à établir un cadre de contrôle
des armements pour la région de lOSCE, en vertu duquel les systèmes
actuels de limitation, de vérification et déchange dinformation
seraient harmonisés en couplant les instruments actuels et en améliorant
le traité sur les forces classiques en Europe.
C. Ciels ouverts
En septembre 1989, il a été convenu de tenir à Ottawa
une conférence parrainée par le Canada en vue d'examiner la proposition
des États-Unis concernant les « ciels ouverts ». Initialement
proposée par le président Eisenhower dans les années 50, l'idée, qui vise
à établir des rapports de confiance et à accroître la coopération entre
l'Est et l'Ouest en autorisant des avions militaires à survoler sans long
préavis les territoires nationaux, a été reprise en 1989 par le président
Bush. Par suite des pressions et des encouragements du Canada, une première
rencontre de haut niveau a eu lieu à Ottawa à la mi-février 1990. (Préalablement
à la conférence, un aéronef militaire canadien, dont le plan de vol avait
été déterminé par l'équipage de l'appareil, a survolé la Tchécoslovaquie
et la Hongrie au début de janvier 1990 pour prouver la faisabilité du
projet.) Il a été cependant plus difficile que prévu d'en arriver à un
accord sur les « ciels ouverts », de sorte que les négociations
se sont prolongées. En mai 1992, le Traité sur les ciels ouverts a enfin
été signé à Helsinki. Il permet le survol avec très peu de préavis du
territoire d'un des pays signataires par un aéronef de surveillance non
armé d'un autre pays signataire. Cétait la première fois qu'un accord
de confiance s'appliquait à des territoires d'Amérique du Nord et de la
Russie orientale ainsi que de l'Europe. Le Traité sur les ciels ouverts
entrera en vigueur une fois que 20 États au total, notamment la Russie,
l'Ukraine et les autres États ayant des quotas actifs élevés, auront déposé
leurs instruments de ratification.
D. Négociations
bilatérales de contrôle des armements et de désarmement (superpuissances)
1. Le Traité sur les
missiles antimissiles balistiques
Le Traité sur les missiles antimissiles balistiques (ABM),
qui a couronné les négociations sur la limitation des armes stratégiques
(SALT I), et l'Accord provisoire sur la limitation des armes stratégiques
offensives ont été signés par le secrétaire général Brejnev et le président
Nixon le 26 mai 1972. Les négociations SALT avaient débuté en 1969; comme
les parties n'arrivaient pas à s'entendre sur le plafond à fixer aux armes
stratégiques offensives, elles ont convenu de faire du traité ABM un document
distinct et d'une durée illimitée et de signer un accord provisoire sur
la limitation des armes offensives.
Le traité ABM, qui interdit aux deux pays signataires
de déployer à l'échelle nationale un système de défense contre les missiles
balistiques, ne les autorisait à l'origine à construire chacun que deux
bases d'ABM et, le 3 juillet 1974, il a été modifié pour n'accorder à
chaque partie qu'une seule base. Le traité limite également le nombre
de radars et de missiles intercepteurs que les signataires peuvent déployer
et leur interdit de mettre au point, de tester ou de déployer sur la mer,
dans les airs, dans l'espace ou sur la terre des systèmes, stationnaires
ou mobiles, de lancement de missiles antimissiles et leurs éléments constituants.
Il prévoit également la création d'un comité consultatif permanent chargé
de régler les problèmes d'interprétation et de respect du traité, ainsi
que des mesures de vérification exhaustives. En 1975, les États-Unis ont
démantelé leur système de défense contre les missiles balistiques à Grand
Forks (Dakota du Nord), bien que l'Union soviétique ait maintenu le sien
aux environs de Moscou.
En mars 1983, le président Reagan a annoncé l'Initiative
de défense stratégique (IDS). Selon les Américains, l'IDS s'imposait en
raison de l'expansion du système soviétique de défense antimissiles. Les
États-Unis s'inquiétaient particulièrement de la construction d'un radar
à balayage électronique près de Krasnoyarsk. Le traité permet la construction
de radars de ce type, mais seulement à la périphérie du pays et à condition
qu'ils soient orientés vers l'extérieur. Pour les Américains, le nouveau
radar soviétique ne respectait pas ces critères et il pourrait constituer
un élément d'un système de défense qui serait ultérieurement mis en place
à l'échelle du pays. Les Soviétiques soutenaient, par contre, que le radar
était destiné à la poursuite spatiale et que, de ce fait, il était autorisé
par le traité. En 1989, l'Union soviétique a reconnu que le radar contrevenait
au traité et en a interrompu la construction.
À l'automne 1985, les États-Unis ont annoncé que l'interprétation
« juridiquement correcte » (ou « large ») du traité
ABM n'interdit ni l'essai ni le déploiement des éléments de l'IDS. En
juillet 1993, le gouvernement Clinton a rejeté cette interprétation du
traité ABM, lui préférant l'interprétation classique (ou « étroite »).
Encouragé par le succès du système Patriot de défense
antiaérienne lors de la guerre du Golfe de 1991, le gouvernement Clinton
a voulu se doter d'un certain nombre de systèmes de défense antiaérienne,
conçus pour protéger les pays alliés et les troupes américaines à l'étranger
contre les attaques de missiles courte portée. Les critiques ont prétendu
que de tels systèmes violeraient le traité ABM et qu'ils empêcheraient
de réduire davantage le nombre de missiles à longe portée; cependant,
les États-Unis et la Russie ont commencé à négocier pour « clarifier »
le traité ABM afin de permettre l'essai de certain systèmes de défense
de théâtre d'opérations sans officiellement modifier le traité.
Les négociations se sont poursuivies sur la démarcation
entre les systèmes de plus faible vitesse et ceux limités par le traité
ABM. En septembre 1997, des représentants des États-Unis, de la Russie,
du Bélarus, du Kazakhstan et de lUkraine ont signé une série dententes
visant à clarifier un certain nombre de questions relatives au traité
ABM. La crainte de la prolifération de missiles balistiques en Corée du
Nord ou ailleurs sest accentuée aux États-Unis en 1998. À la fin
de lannée, le gouvernement Clinton a annoncé que bien quil
ne prendrait pas avant lan 2000 une décision sur le déploiement
ou non dun système national de défense anti-missiles, il augmentait
le budget de défense pour sassurer que les États-Unis puissent être
prêts à déployer un tel système, et quau besoin, il se retirerait
du traité ABM pour le faire.
2. Les pourparlers
sur la réduction des armements stratégiques (START)
Lors de leur rencontre de janvier 1985, Andrei Gromyko
et George Shultz, qui étaient alors respectivement ministre des Affaires
étrangères de l'URSS et secrétaire d'État des États-Unis, avaient convenu
que les négociations américano-soviétiques porteraient sur trois questions
: les armes nucléaires stratégiques, les armes nucléaires de portée intermédiaire
et les armes défensives et spatiales. Les pourparlers eux-mêmes ont débuté
le 12 mars 1985. Leurs objectifs, convenus d'avance, comportaient la prévention
d'une course aux armements dans l'espace, la limitation et la réduction
des arsenaux nucléaires et le renforcement de la stabilité stratégique,
et ils devaient aboutir finalement à l'élimination complète des armes
nucléaires.
Ces pourparlers se sont révélés particulièrement importants
dans la mesure où ils ont ramené les superpuissances à la table des négociations.
Entamées en 1982, les négociations ont par la suite dû être interrompues
parce que les Soviétiques critiquaient les déploiements d'euromissiles
de l'OTAN. Au sommet de Genève de novembre 1985, le président Reagan et
le secrétaire général Gorbatchev ont convenu non seulement d'accélérer
les négociations bilatérales sur les armes nucléaires et spatiales, mais
aussi d'intensifier les efforts en vue de conclure un accord sur les armes
chimiques. Le sommet n'a pas donné de résultats tangibles sur le plan
du désarmement et du contrôle des armements, mais il a permis d'assainir
les relations et, ce qui est peut-être encore plus important, d'établir
un cadre politique pour les pourparlers à ce sujet entre les deux grandes
puissances.
C'est aux sommets de Reykjavik, de Washington et de Moscou
que les superpuissances se sont entendues sur la teneur générale d'un
projet d'accord START. Comme l'accord sur les INF, ce projet prévoyait
essentiellement des réductions inégales pour atteindre des limites globales
identiques. En d'autres termes, l'URSS démantèlerait plus de missiles
intercontinentaux que les États-Unis, mais les deux pays en garderaient
un nombre égal. Bien qu'une certaine confusion ait persisté au sujet des
missiles largués de bombardiers, il semblait qu'ils seraient réglementés
moins sévèrement, ce qui conférerait un avantage aux États-Unis. Dans
l'ensemble, l'accord START devait donner lieu à une réduction de 30 à
50 p. 100 des arsenaux nucléaires des superpuissances.
L'accord START a finalement été signé au sommet de Moscou,
le 31 juillet 1991. Il prévoyait que les arsenaux tant des États-Unis
que de l'Union soviétique seraient réduits de l'ordre de 30 p. 100,
les têtes stratégiques, d'environ 20 p. 100 et les dispositifs
de lancement, de 27 p. 100. Dans l'ensemble, START s'attachait
aux réductions quantitatives tout en préservant le côté qualitatif
de la course aux armements. En effet, il protégeait les programmes de
modernisation stratégique de part et d'autre. Pour aider à exercer une
surveillance sur la mise en oeuvre de l'accord START, le traité prévoit
quelque 12 types d'inspection sur place et environ 60 notifications différentes.
Les partisans du contrôle des armements recommandaient qu'un accord START II
insiste davantage sur la modernisation des armes plutôt que sur leur nombre
total.
En raison des changements radicaux sur la scène internationale,
l'accord START n'était toutefois qu'un début. En octobre 1991, en réponse
aux initiatives du président Bush visant à réduire le nombre des armes
nucléaires tactiques, le président soviétique Gorbatchev a annoncé qu'il
diminuerait l'arsenal soviétique de 1 000 ogives de plus que ne l'exigeait
l'accord START. En janvier 1992, le président Bush a proposé que les deux
parties réduisent le nombre total de leurs ogives de 50 p. 100
par rapport aux limites prévues par l'accord START. Le président de la
Russie, Boris Eltsine, a accepté presque immédiatement et a proposé une
réduction à 50 p. 100 de ce nouveau niveau, ce qui laisserait
entre 2 000 et 2 500 ogives stratégiques à chacune des deux
parties. M. Dick Cheney, secrétaire américain à la Défense, a répondu
que ce dernier niveau serait « trop bas ». En juin 1992, les
présidents Bush et Eltsine se sont entendus sur le principe de réduire
chacun leur arsenal de quelque 3 000 à 3 500 ogives stratégiques
d'ici à l'an 2003. Le 28 décembre 1992, l'accord START II a été signé
à Genève. Aux termes de cet accord, les États-Unis et la Russie ont accepté
de renoncer aux missiles balistiques mirvés terrestres.
Le démantèlement de l'Union soviétique a compliqué le
processus de ratification de l'accord START, le nombre de pays tenus d'approuver
l'accord ayant augmenté. Laccord START I est finalement entré en
vigueur en décembre 1994 et à la fin de 1996, toutes les armes nucléaires
se trouvant en Ukraine, au Bélarus et au Kazakhstan en avaient été retirées.
Le Congrès américain a ratifié laccord START II en janvier 1996,
mais à la Douma russe, la ratification a été sans cesse bloquée par des
débats des législateurs sur les coûts et les avantages du traité lui-même,
et sur les conséquences des Programmes de défense anti-missiles américains
et de lexpansion de lOTAN pour la sécurité de la Russie. En
mars 1997, au sommet dHelsinki, les présidents Clinton et Yeltsine
ont approuvé les grandes lignes de laccord START III, qui dici
2007 réduirait davantage, de part et dautre, le nombre dogives
stratégiques déployées (qui se chiffrerait entre 2 000 et 2 500).
La Russie doit dabord ratifier laccord START II avant quon
puisse entamer les négociations menant à la conclusion de laccord
START III.
3. L'accord sur les forces
nucléaires de portée intermédiaire (INF)
Le premier progrès marquant issu de la nouvelle ère de
pourparlers bilatéraux a été le traité américano-soviétique sur la suppression
des missiles de courte portée et de portée intermédiaire signé au sommet
Reagan-Gorbatchev de décembre 1987. Le traité, qui s'applique aux missiles
nucléaires d'une portée de 500 à 5 500 milles, engageait l'Union
soviétique à détruire 1 752 missiles et les États-Unis à en éliminer
859 dans un délai de trois ans. Le 12 mai 1991, les dernières missiles
assujettis du traité INF ont été détruits.
4. Les armes nucléaires
à courte portée
Avec les changements révolutionnaires en Europe de l'Est,
les pays du Pacte atlantique se sont trouvés divisés, notamment l'Allemagne
de l'Ouest et les États-Unis, sur la question de savoir s'il faut entamer
des négociations avec les Soviétiques sur la réduction des armes nucléaires
à courte portée en Europe. L'Allemagne de l'Ouest, où étaient basés la
plupart des lance-missiles américains de type Lance, voulait que les États-Unis
entreprennent ces négociations sans tarder. Le gouvernement Bush était
par contre résolu à améliorer les moyens de défense américains en Europe,
en remplaçant les missiles Lance d'une portée de 75 milles par d'autres
qui pourraient parcourir une distance presque quatre fois plus grande.
Les Américains avaient à cet égard l'appui de la Grande-Bretagne, des
Pays-Bas et de la Turquie, tandis que les Allemands de l'Ouest étaient
appuyés par l'Italie, la Grèce et la plupart des autres pays d'Europe
continentale. D'autres États, dont le Canada et la Norvège, ont essayé
de négocier un compromis.
Les États-Unis ont maintenu leur position de peur que
des négociations hâtives n'ouvrent la voie à la « dénucléarisation »
de l'Europe. Selon les Américains, une telle perspective aurait fait de
l'Europe un lieu « sûr » pour une guerre classique dans laquelle
les pays de l'OTAN se seraient heurtés à la supériorité des troupes et
des armements des pays du Pacte de Varsovie.
Les Allemands, qui seraient le plus durement touchés
par les conséquences d'un échange tactique nucléaire, estimaient le moment
bien choisi pour que les deux parties retirent leurs missiles.
En mai 1989, lors du sommet des pays de l'OTAN, à Bruxelles,
une solution mitoyenne a été proposée : négocier une « réduction
partielle » des missiles nucléaires à courte portée dès la signature
d'un accord sur les armes classiques. Les changements rapides qui surviennent
en Europe de l'Est sur le plan militaire et politique et la réunification
des deux Allemagnes ont poussé même les plus ardents partisans des armes
nucléaires à courte portée à revoir leur position. Comme l'a dit un porte-parole
allemand à l'automne 1989, « Pourquoi nous faudrait-il donc des missiles
¾ pour bombarder Lech Walesa? »
Craignant que les armes nucléaires soviétiques ne tombent
entre de mauvaises mains à la suite de la désintégration de l'Union soviétique,
le président George Bush a annoncé, le 27 septembre 1991, une série de
réductions unilatérales spectaculaires touchant quelque 2 500 armes
nucléaires, et il a défié l'Union soviétique de faire de même. Voici quelques
initiatives de M. Bush : la suppression de toutes les armes nucléaires
tactiques lancées du sol; le retrait de toutes les armes nucléaires tactiques
lancées de navires de surface et de sous-marins et leur entreposage dans
des « endroits d'entreposage centralisés » aux États-Unis; le
retrait de la cote d'alerte pour les bombardiers stratégiques B-1B et
B-52 dans 13 bases aériennes; le retrait de la cote d'alerte des missiles
balistiques dont la suppression était prévue en vertu de l'accord START,
et la promesse de l'accélérer après l'entrée en vigueur du traité.
Le 5 octobre, le président Mikhail Gorbatchev a répondu
aux initiatives du président Bush en égalant les réductions des États-Unis
(avec quelque 8 000 armes) et en offrant encore plus. Outre les réductions
d'armes tactiques et le retrait de la cote d'alerte, M. Gorbatchev a annoncé
une réduction de 1 000 armes stratégiques de plus que ce que prévoyait
l'accord START; la création d'un seul service armé chargé de contrôler
toutes les armes nucléaires stratégiques offensives et défensives; la
suspension des essais nucléaires soviétiques pendant un an, accompagné
d'un appel en faveur d'une interdiction totale des essais; et un projet
d'accord visant la cessation de toute production de matières fissibles
devant servir aux armements.
Bien que le président Bush ait réaffirmé que l'OTAN maintiendrait
« une capacité nucléaire aéroportée efficace en Europe », l'OTAN
a rapidement convenu de réduire de 50 p. 100 le nombre de ses
bombes nucléaires en Europe.
Avec ces réductions, la menace d'un recours délibéré
aux armes nucléaires en Europe est définitivement écartée. De lavis
optimiste de l'expert américain en armes nucléaires William Arkin, ces
initiatives marquent le commencement de véritables réductions des armes
nucléaires et annoncent clairement leur mise au rebut.
MESURES PARLEMENTAIRES
Le Comité mixte spécial sur les relations extérieures
du Canada a recommandé, en juin 1986, que le Canada « multiplie ses
efforts multilatéraux au sein de l'OTAN, des Nations Unies et dans d'autres
tribunes où il est question du désarmement, de même que ses négociations
bilatérales avec les États-Unis et l'Union soviétique ainsi qu'avec d'autres
pays, afin de faire accepter un ensemble complet de mesures de contrôle
des armements ». Ces mesures, que le gouvernement a déjà mises en
relief, sont les suivantes :
- Une réduction mutuelle et vérifiable des arsenaux nucléaires, ainsi
que des mesures connexes visant à améliorer la stabilité stratégique.
Ces dernières doivent comprendre en particulier une réaffirmation du
traité ABM sur les missiles antimissiles, interprété strictement comme
interdisant tous les travaux sur les systèmes défensifs, sauf la recherche
fondamentale.
- Le maintien et le renforcement du régime de non-prolifération des
armes nucléaires.
- La négociation d'une interdiction totale des armes chimiques.
- L'élaboration d'un traité global d'interdiction des essais nucléaires,
dont l'application serait mutuellement vérifiable.
- La prévention de la course aux armements dans l'espace.
- La négociation de mesures destinées à accroître suffisamment la confiance
pour permettre la réduction des forces militaires classiques en Europe
et ailleurs.
En 1991, le Comité permanent des affaires étrangères
de la Chambre des communes a créé un sous-comité chargé d'examiner la
production et les exportations militaires canadiennes. Le sous-comité
a déposé son rapport devant la Chambre des communes en septembre 1992.
Dans son rapport de novembre 1994, le Comité mixte spécial
chargé de l'examen de la politique étrangère du Canada a fait état du
danger que constitue la prolifération des armes de destruction de masse
et des armes classiques. Il a par conséquent recommandé au gouvernement
d'oeuvrer de concert avec les pays qui partagent les même idéaux afin
: de renforcer le régime du TNP; d'exercer des pressions pour obtenir
de plus amples réductions des armes nucléaires; de renforcer le Registre
des armes classiques de l'ONU; et de travailler au développement du contrôle
de la production, de l'importation et de l'exportation des mines terrestres.
Le gouvernement s'est dit d'accord pour l'essentiel avec ces recommandations
dans sa réponse au rapport du Comité et dans son énoncé de politique de
février 1995 intitulé Le Canada dans le monde.
En réponse à une demande faite en 1996 par le ministre
des Affaires étrangères, le Comité permanent des Affaires étrangères et
du commerce international de la Chambre des communes a entrepris une étude
de la politique canadienne en matière en contrôle des armes nucléaires
et de désarmement. En décembre 1998, le Comité a déposé à la Chambre
des communes son rapport, intitulé Le Canada et le défi nucléaire :
réduire limportance politique de larme nucléaire au XXIe
siècle, qui contenait 15 recommandations adressées au gouvernement.
CHRONOLOGIE
1946 LAssemblée générale des Nations Unies
adopte sa première résolution sur le désarmement et la sécurité.
1963 Le Traité sur linterdiction partielle
des essais nucléaires interdit les essais nucléaires dans latmosphère.
1968 Négociation du Traité sur la non-prolifération
des armes nucléaires (TNP).
1972 Négociation de la Convention sur les armes
biologiques.
Les États-Unis et lUnion soviétique signent
le Traité sur les missiles antimissiles balistiques (AMB) qui couronne
les négociations sur la limitation des armes stratégiques (SALT I).
Négociation de laccord de limitation des
armes stratégiques SALT I entre les États-Unis et lUnion soviétique.
1975 Signature des accords dHelsinki et
création de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe
(CSCE).
1979 Laccord de limitation des armes stratégiques
SALT II est négocié entre les États-Unis et lUnion soviétique.
Laccord na jamais été ratifié, mais les deux parties sy
sont conformées de manière informelle.
décembre 1979 LOTAN adopte une double
approche qui permet de déployer des missiles américains de croisière
et des missiles Pershing-2 en Europe et qui permet aussi de poursuivre
simultanément des négociations avec lUnion soviétique pour limiter
les armes nucléaires à moyenne portée en Europe.
décembre 1987 Un accord sur les forces nucléaires
à portée intermédiaire (INF) est conclu entre les États-Unis et lUnion
soviétique relativement à lélimination darmes nucléaires
à moyenne portée en Europe.
novembre 1990 Signature du Traité sur les forces
classiques en Europe (CFE).
juillet 1991 Signature du Traité START I par
les États-Unis et lUnion soviétique.
décembre 1992 Signature du Traité START II par
les États-Unis et la Russie.
janvier 1993 Signature de la Convention sur
les armes chimiques.
mai 1995 Le TNP est prolongé indéfiniment sans
conditions.
septembre 1996 Le Traité dinterdiction
complète des essais nucléaires (CTBT) est présenté, pour signature,
aux Nations Unies après que lInde eut empêché son adoption à la
Conférence sur le désarmement.
mars 1997 - Un accord est conclu relativement à lébauche
du Traité START III.
décembre 1997 - Signature de la Convention dOttawa.
BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE
Arms Control Association. Foundation for the Future:
The ABM Treaty and National Security. Washington, 1990.
Arms Control Association. Arms Control Today. Divers
numéros.
Boulden, Jane et David Cox. The Guide to Canadian
Policies on International Peace and Security 1994. Ottawa, Centre
canadien pour la sécurité mondiale, 1994.
Canada, Comité permanent des affaires étrangères et
du commerce international de la Chambre des communes. Le Canada et
le défi nucléaire : réduire limportance politique de larme
nucléaire au XXIe siècle. 1998.
Cox, David. « Arms Control ». David Haglund
et Michael Hawes. World Politics : Power, Interdependence and Dependence.
Harcourt Brace Jovanovich, 1990, p. 104-128.
Institut international détudes stratégiques.
« The Wassenaar Arrangement ». Strategic Comments.
Vol. 2, no 7, août 1996.
Institut international détudes stratégiques.
« Arms Control Faces an Uncertain Future ». Strategic Survey
1995-96, Oxford University Press, 1996, p. 57-68.
Mendelsohw, Jack. « Arms Control: The Unfinished
Agenda ». Current History, avril 1997, p. 145-150.
Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.
Nations Unies : Guide de référence canadien. Ottawa, 1994.
Moyes, Howard. « Arms Control and Disarmament ».
A Global Agenda : Issues Before the 50th General Assembly of the
United Nations. University Press of America, 1995, p. 87-103.
U.S. Arms Control and Disarmement Agency. World
Military Expenditures and Arms Transfers 1996. Washington, 1997.
*
La première version de ce bulletin d'actualité a été publiée en novembre
1987. Le document a été sans cesse mis à jour depuis.